Comment l’expatriation a chamboulée notre vie


On se retrouve pour un article un peu plus intime ! Car j’ai envie de me confier à vous !

Maintenant que j’ai le recul nécessaire pour vous parler et qu’on approche les 6 mois de vie ici, c’est comme le moment idéal pour faire un petit bilan.
J’ai souvent ressenti le besoin d’écrire mais je ne voulais pas non plus aborder des choses trop personnelles ici, que chacun pourrait interpréter ou juger. Car l’expatrié a “une vie de rêve” et n’a donc pas le droit de flancher… Oui, malheureusement ce raccourci est bien trop vite fait !

J’ai toutefois envie de vous partager tant bien que mal la façon dont l’expatriation a bouleversée notre vie. Dans les beaux jours comme dans les moins bons. Vous partager ce que j’ai pu ressentir jusqu’ici, en simple retour d’expérience. Alors… je me lance !

 

Un nouveau départ

Vous le savez déjà, dès les premiers jours de notre arrivée ici, nous avons senti comme un soulagement. On s’est senti légers, comme débarrassés du “fardeau” de notre vie qui ne nous correspondait plus en France. Quand j’y repense, je me demande comment nous avons pu ressentir cela devant la part d’inconnu qu’il y avait devant nous, toute l’organisation et les démarches qui nous attendaient pour notre installation. C’est vraiment ça l’expatriation, ressentir une multitude d’émotions, toute aussi contraire les unes des autres. C’est vivre tout à la fois, l’excitation, le soulagement, le stress, la sérénité, l’appréhension, la confiance, l’angoisse… Mais j’y reviendrais par la suite ! 😉

 

 

Les bienfaits du changement

Une fois installés, nous avons rapidement retrouvé une certaine sérénité. Un quotidien et des horaires simplifiées où nous ne sommes plus obligés de courir pour tout. Plus besoin d’être jugés parce que nous devons partir à l’heure du travail, de s’énerver parce que le trafic n’avance pas assez vite et savoir, impuissants, que nous serons en retard pour la nounou. Puis tenter de gérer le reste de la soirée quand toute la famille est épuisée.
Et souvent, rentrer quand son enfant est couché.

Plus besoin de se couper en quatre et vivre en décalé de son conjoint pour faire tourner cette routine tant bien que mal, profitable à qui finalement ?

Nous avons retrouvé ce luxe que nous avions perdu en France.
Nous avions besoin de l’expatriation pour donner un gros coup de pied dans ce rouage et relancer les dés de notre vie.

Je suis persuadée que c’est surtout l’expatriation qui permet de se réinventer de la façon dont on le souhaite. Le Canada a été le bon pays pour nous. Il a été un coup de cœur il y a 5 ans, il nous correspond en de nombreux points, nos professions sont ici en forte demande et que demander de plus, nous avons un réseau de connaissances qui ne fait que s’enrichir et qui apaise grandement la solitude de cette aventure.
Le Canada n’est pas le pays qui conviendra à tout le monde !
Même s’il plait beaucoup (disons même qu’il est à la mode), qu’il a bien des atouts pour une intégration réussie et pour retrouver une vie de famille. Il réunit dans notre cas toutes les conditions nécessaires à notre épanouissement. Alors, sans le moindre doute, je peux dire que nous avons trouvé ce que nous cherchions ici. Nous sommes venus chercher ce qu’il nous manquait et avons
créé cette chance de vivre une vie meilleure. Car oui, vous nous direz souvent que nous sommes chanceux, et c’est vrai ! Mais nous avons fait de gros sacrifices et nous nous sommes donné les moyens d’accéder à cette chance.

 

 

Et son lot de difficultés

Tout cela est donc extrêmement positif ! Sans compter toutes les belles aventures que nous vivons depuis notre arrivée (comme vous le voyez sur le blog). Mais l’expatriation ce n’est pas uniquement cela. Entre ces beaux weekends, il y a la vie de tous les jours, la routine et nos ressentis, toute cette sphère émotionnelle et psychologique qui fait partie de nous en tout temps et qu’on ne maîtrise pas toujours…

Avec le temps, certaines choses m‘ont rattrapées. Elles me sont propres et le discours de Julien sera certainement très différent, comme celui de chaque expatrié. Et chacun est confronté à ses propres forces et faiblesses.

– La première difficulté pour moi a été de voir julien partir travailler au bout d’une semaine sur le sol Canadien.
Après toute l’attente et l’excitation de voir cette aventure approcher, tous les préparatifs pendant 6 mois, nous y sommes. Et tout de suite, la vie reprend ses droits et je me retrouve “à la maison” avec mon petit garçon pendant 2 mois. Comme si j’étais restée sur le carreau dans cette aventure tellement pensée « à trois ».
Je pensais relativement bien vivre la situation, je restais active et tout était prétexte pour sortir de la maison. Ça m’a permit de découvrir notre nouveau quartier et me l’approprier. Veiller à ce que Harry s’adapte bien.
J’étais heureuse, mais à la fois, c’est comme si je ne réalisais pas du tout ce qu’il se passait, en spectatrice de ma nouvelle vie.
Pendant les balades en poussette, je marchais le regard au loin. Je me sentais à la fois accomplie et fière de parcourir ce nouvel environnement tant convoité. Et à la fois je me sentais perdue, sans savoir qui j’étais, ce que je faisais là. Tout en me demandant quand viendrait le jour où je réaliserai pour de bon que nous avions tout quitté. Aussi réel que ça l’était, j’ai longtemps attendu ce moment. Parfois, c’est comme si je l’attendais encore… C’est déroutant, et ça fait perdre un peu pied.

 

 

– Quelques mois après, je me suis vite retrouvée dépassée par mon rôle de maman à temps plein, démunie de patience. Je me dis alors que la reprise d’une activité professionnelle à venir me fera du bien et remettra les choses en ordre.
Le temps passe et finalement la situation empire. J’étais face à un mur. Je ne me reconnaissais plus et je n’arrivais pas à sortir de cette impasse. Je suis à fleur de peau, trop sensible, trop dure, trop exigeante, trop tout. J’ai clairement vécu la plus dure période de ma vie de maman jusqu’à aujourd’hui. Avec toute la culpabilité et le sentiment d’échec qui va avec.

Et puis un jour, en discutant, j’ai réalisé que tout ce que j’avais pu vivre ces derniers mois, avait provoqué des choses insoupçonnées en moi. Il faut dire que c’était perturbant de voir qu’on pouvait se créer un nouvelle vie si “facilement”, si rapidement. Aussi merveilleux que ces premiers mois ont pu être, j’ai alors pris conscience que :   

Non, l’expatriation n’est pas quelque chose d’anodin !  

Pris par un exercice de découverte et d’adaptation de tous les jours, il est impossible de prendre le recul nécessaire pour prendre conscience de ce que l’on vit, ce que l’on ressent. En encaisse, tous les jours un peu plus, sans s’en rendre compte. Puis un jour on se retrouve face à cette montagne d’émotions que nous ne sommes plus capables de gérer. Alors, comment accepter et gérer les émotions de son enfant quand soi-même on déborde ? C’est compliqué. Et prendre conscience de cela m’a déjà beaucoup aidé !

 

 

Nouveau train de vie, est-ce si facile de RALENTIR ?

Oui, vous avez bien lu ! C’est quand même le comble ! 😉
Ici, on a les moyens de vivre une vie plus paisible, moins stressante, dans tous les domaines. Les horaires de la crèches sont souples, celles du travail aussi. Personne de vous attend de pied ferme pour vous rappeler que vous n’avez pas couru assez vite, que vous n’avez pas fait assez bien. On peut “prendre le temps”.

Mais les vieilles habitudes sont tenaces ! Et le naturel revient vite au galop.

En France on faisait 1000 choses à la fois, obligés de sur-optimiser son quotidien pour pouvoir souffler une minute quand arrive le coup de 21h…
Sans parler de la pression sociale qui finalement avait eu raison de moi. Être une bonne mère, une bonne épouse, faire des repas équilibrés, proposer des activités éducatives, être une mega working girl, rester sportive, et toutes les casquettes nécessaires pour tenir la maison et organiser la vie de famille. Ça faisait beaucoup non ?

Ces habitudes sont des petits parasites qui viennent troubler le changement que nous sommes en train d’instaurer. J’ai souvent eu l’impression de me battre un peu contre moi-même, devoir marquer une pause pour souffler, pour faire redescendre la pression et me rappeler que je ne suis pas en France. Et que je n’ai pas à me mettre cette pression inutile.
Ici on me laisse vivre ! Alors autant en profiter et arrêter de se gâcher la vie ! J’y travaille encore… 😉

 

 

Un bilan positif

Je vous ai confié mes petits états d’âmes et ils me sont propres.
Je suis d’accord avec vous, c’est bien compliqué dans ma petite tête. 😉
De trop nombreuses fois je me suis jugée idiote de vivre les choses de cette façon. Alors que dans ces moments je pense qu’il faut être bienveillant avec soi et accepter ses sentiments pour éviter de les subir d’avantage.
Je pourrais vous parler de bien d’autres sujets et je n’ai pas abordé les moments ou le manque des proches vous ratrappe, tout comme la culpabilité et le sentiment d’être égoïste de leur avoir imposé notre départ.

Mais voilà, ça fait tout simplement parti du jeu ! Et j’accepte ça ! On ne peut pas tout avoir après tout ! 😉
Je pense que l’important est de trouver un équilibre dans tout cela…

Et surtout, je ne manque pas de nous rappeler de profiter du MOMENT PRÉSENT.
Que la vie est courte, et qu’on ne sait pas combien de temps cette aventure durera, alors savourons chaque jour ici. Et il n’y en a pas un où je n’éprouve pas de gratitude en appréciant ce que cette nouvelle vie nous offre.
Je nous trouve extrêmement chanceux et j’ai le sentiment de vivre une expatriation de bisounours où tout s’est déroulé sans embûches, sans difficulté sérieuse. Chanceux d’avoir ce qu’il faut pour nous épanouir ici et d’avoir un cercle d’amis qui facilite beaucoup les choses et nous aide à nous sentir chez nous. L’aventure aurait pu être bien différente dans d’autres conditions…
Aujourd’hui, on se réjouit d’avoir eu le courage de bousculer notre vie et pris le risque que ça ne marche pas.. Car on a rien sans rien.

To be continued…

 

Maudits-Pancakes.

 

11 Comments

  1. Très joli message personnel. Il nous montre que l’on a pas besoin de vivre à côté pour être proche. Changez de pays et de culture n’est pas facile. Mais je pense surtout que être mère est une aventure internationale qui nous remet constamment en question. Courage.

  2. Tu es courageuse Debbie de mettre en mot tout ce que tu ressens 👍😃 bravo ! C’est un excellent moyen pour une prise de conscience et je dirai même qu’à delà de vivre l’instant présent, il fait accepter d’être imparfaite 😉 surtout dans ce rôle de maman 👍 sois toi même 😃
    Pleins de bisous 😘 💕💓💞

  3. Ca fait du bien de te lire ! Même si nos aventures sont totalement différentes, je me reconnais dans quelques sentiments que tu exprimes, ça m’en met même les larmes aux yeux! Ça fait du bien de ne pas se sentir seule ❤️❤️ Courage pour la suite !😘😍

    1. Ho ma Lola… troisième personne qui me dit avoir les larmes aux yeux ! C’est fou ! Je ne doute pas que tu dois ressentir des choses similaires dans ton aventure ! C’est des expériences de vie qui nous dépassent et aussi belles soient elles, c’est pas si évident de les encaisser ! Tu n’es pas seule ma Lola, et on pense toujours fort à toi ! ❤️❤️ Courage à toi aussi 😘😘

  4. Il est tellement difficile de mettre des mots sur des maux, d’autant qu’ils sont souvent si personnels, si intime, alors bravo à toi Debby d’y parvenir…. Et merci de partager… J-9 avant de vous voir de vous sentir de vous toucher de vous entourer… De faire des milliers de bisous…. Nous avons hâte on vous attend…

  5. Bonjour Debbie très beau témoignage ! profites de ces bons moments et crois moi être maman n’est pas facile mais c’est un engagement à vie et il n’y a pas de mode d’emploi!
    vivez votre rève vous vous dévrouillez très bien
    gros bisous des Piefort

  6. Magnifique récit, que d émotions de remise en question de travail sur soi, quelle belle aventure ça donne envie d autant plus avec ce qui se passe en France violence et haine on a vraiment envi de partir. Nous pensons souvent à vous à travers tes récits on aspire à une vie plus calme. Sommes pressés de vous voir pendant les fêtes gros bisous à vous trois

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